Cet article a été rédigé par Virginie Loÿ du blog Une chose par jour, pour se libérer d’une relation abusive ou violente.

Le titre de cet article « Comment ne plus subir des violences dans son couple ? » pose une question grave. Et très vaste.

Par mon travail comme bénévole dans une association de soutien, j’ai appris à considérer la question de différentes manières. Mais celle qui m’intéresse — et qui est à mon avis primordiale — est de l’envisager du point de vue de la personne qui subit la violence. En respectant cette personne, et surtout en lui accordant le droit de comprendre son histoire et de prendre ses propres décisions.

En effet, si vous êtes dans une telle situation, les considérations sociales et les données statistiques ne vous intéressent pas. Pas plus que les conseils radicaux des proches et des voisins, qui vous intiment « de le (la) quitter ». Car ce que vous souhaitez, bien souvent, ce n’est pas la fin de votre relation, c’est juste que « ça s’arrête », ou bien, si l’acte violent est le premier, que ça ne se reproduise pas.

La violence, qu’est-ce que c’est ?

Pour commencer, j’aimerais définir cette violence dont je parle :

  • Il s’agit de la violence physique, bien sûr. C’est souvent la première à laquelle nous pensons.
  • Elle n’est cependant pas la première chronologique, puisqu’elle est toujours précédée de violence psychologique et verbale (accusations, dénigrements, insultes, mutisme, colère, etc.). Parfois la violence ne devient jamais physique (si l’on ne compte pas le stress ou les maladies psychosomatiques qu’elle cause).
  • Elle peut devenir gravement psychologique, comme dans les cas de manipulation.
  • Elle est économique, quand par exemple l’un doit éternellement subvenir aux besoins d’un conjoint parasite ou dépensier, ou au contraire, que l’on subit l’interdiction, explicite ou tacite, de travailler.
  • Elle est sexuelle, quand l’un impose des actes qui ne sont pas consensuels.
  • De plus en plus fréquemment, elle est numérique, quand l’un force l’autre à révéler ses mots de passe « parce que c’est une preuve de confiance », ou menace de divulguer des secrets ou photos sur les réseaux sociaux…
  • Elle peut aussi être religieuse ou spirituelle, ou du harcèlement… la liste n’est malheureusement pas exhaustive.

Quelle qu’en soit la forme, il est important de vous dire que si ce qui se passe vous blesse, c’est que c’est violent. Pour vous.

Même s’il n’existe pas de textes de loi, et même si la même chose ne blesserait pas votre voisine ou votre copine. Vous êtes vous, et vos limites sont les vôtres. Les enfreindre est un acte de violence.

Il convient aussi de se rappeler que la responsabilité et la culpabilité pour les actes violents revient TOUJOURS et UNIQUEMENT à la personne qui les a commis.

Comment réagir face à la violence ?

Oui… justement, si l’on n’est pas responsable, que faire ?

Nous ne sommes jamais responsables des actes de l’autre, cependant nous gardons toujours la responsabilité de notre conduite. Ce qui est une bonne nouvelle, car cela veut bien dire que nous avons le choix et le droit de prendre les décisions que nous voulons : pour remettre les pendules à l’heure, pour remettre la relation en cause, pour nous protéger, et pour protéger nos enfants, si nous en avons.

Je ne reprends pas dans cet article les démarches que les associations ou le 3919 conseillent en cas de crise. Je vous invite à les consulter vous-mêmes si votre situation le nécessite et à ne pas hésiter à appeler la police en cas de danger.

J’aimerais aborder ici ce qui se passe dans votre tête et donner quelques pistes de réflexion et d’action possibles. La séparation est vraisemblablement la seule option réaliste à long terme. Cependant, vous la conseiller est inutile si vous n’avez pas eu le temps ni le recul de comprendre les mécanismes en jeu, et d’arriver par votre travail de réflexion à vos propres conclusions.

Voici quelques pistes pour cette réflexion :

1) ne pas minimiser la gravité des faits

Comme je l’ai écrit auparavant, ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de bleus qu’il n’y a pas de violence dans le couple. Que la personne en laquelle vous avez placé votre confiance en abuse est un fait très sérieux, inquiétant et déstabilisant.

Rien — absolument rien — ne justifie un comportement violent ou abusif.

Les problèmes et les disputes surviennent dans toutes les relations, et se résolvent par la discussion, quand les deux partenaires ont la volonté commune de trouver le compromis et la voie du couple. Imposer, par la peur et la cruauté, un rapport de soumission ne peut pas conduire à l’équilibre dans le couple.

Il s’agit de faits graves et le plus souvent illégaux. Les minimiser est dangereux. Il est capital d’octroyer à ces gestes leur juste mesure.

2) ne pas justifier les faits

Il nous est fréquent d’essayer de trouver des justifications à ces paroles, à ces comportements, à ces coups… car c’est notre seul moyen de donner du sens à ce qui se passe. Cette violence incompréhensible, et en général hors de proportion avec l’étincelle qui les a déclenchés, nous fait perdre notre sens commun. Alors, nous cherchons à établir un lien de cause à effet, et pour cela, nous nous attribuons des torts, parfois tous les torts.

« Elle me dénigre, parce que j’ai n’ai pas eu ma promotion, je suis nul », « Il m’insulte parce que j’ai grossi, ou il ne me parle pas depuis une semaine, parce que j’ai fracassé l’aile de la voiture », « Il m’a frappée, car il a trop de stress », etc.

Même si vous avez couché avec votre voisin(e) et qu’en votre for intérieur, vous vous dites que vous ne méritez pas les félicitations du jury… même dans ce cas, la violence n’est ni justifiée ni acceptable.

De nombreux couples gèrent des crises tout aussi dramatiques, restent ensemble ou se séparent, certes rarement sans dispute ou douleur, mais sans violence.

3) ne pas prendre à son seul compte la résolution du problème

En voulant donner du sens à cet acte, nous pouvons nous accuser nous-mêmes d’avoir « mis le feu à la poudre » et donc, nous sentir responsables. Il arrive même que sans nous sentir responsables, nous prenions totalement à notre compte la résolution du problème, pour aller de l’avant et pour prévenir une autre crise.

« Je vais faire des heures sup, elle sera contente », « Je vais me mettre au régime, je vais essayer de ne pas l’énerver… »

C’est normal, car la pensée d’une nouvelle confrontation nous liquéfie de peur. Nous voudrions passer à autre chose. Oublier tout et nous projeter dans un futur meilleur.

Le problème, toutefois, est que la situation explosive est toujours là. Quoi que nous fassions, la vie se chargera bien de produire des étincelles. Il est indispensable d’apprendre ou de réapprendre à placer ses limites et les faire respecter.

Le seul moyen de déminer le terrain est de le faire ensemble, par le dialogue et par un contrat, c’est-à-dire un accord entre les deux conjoints pour surmonter la crise, avec l’implication de chacun.

4) établir un plan et le communiquer

Nous nous retrouvons donc avec deux options, dont aucune n’est facile… Ne rien résoudre et faire l’effort d’oublier l’événement. C’est en général la solution choisie par l’auteur des violences qui aura justement tendance 1) à minimiser l’incident, 2) à nous en donner la responsabilité (« on l’a énervé-e ») et 3) à se désintéresser de trouver une solution, car il ne voit pas de problème. À nous donc de faire tous les efforts, de stresser, de perdre l’estime de nous-mêmes et de nous épuiser à essayer d’avancer sur des bases de moins en moins solides.

L’autre option est de réfléchir sur ce que ces gestes ou ces comportements signifient pour l’avenir de votre couple. De comprendre à quel moment dans notre histoire personnelle les limites ont été dépassées, souvent petit à petit. À véritablement lister, papier et crayon en main, les « plus » et les « moins ». C’est un travail d’introspection qui est souvent douloureux, raison pour laquelle il est sans cesse repoussé, car il faut accepter qu’on est impuissant à changer l’autre.

Qu’en redéfinissant les limites de ce qui est acceptable et de notre respect de nous-mêmes, nous prenons le risque de perdre l’autre. Mais qu’en ne le faisant pas, nous prenons le risque de nous perdre nous-mêmes. Nous comprenons que nous devons sans doute renoncer à ce que nous avons construit jusque là, et aux rêves que nous avions pour nous et pour notre couple.

Si la violence s’est déjà installée, il est parfois nécessaire de nous faire aider par un psychologue pour comprendre pourquoi nous acceptons une telle situation et de quoi nous avons peur. Ce travail personnel nous aide à définir les limites que nous voulons faire respecter, il contribue à la reconquête de notre estime de nous-mêmes, et à nous rendre plus autonomes.

Une fois nos attentes définies, elles doivent être communiquées à notre conjoint. Il est important de lui dire comment nous nous sommes senti(e) — et nous sentons, les changements que nous voulons et les conséquences de ne pas travailler ensemble. Les bonnes paroles de notre conjoint sont, à ce stade, totalement futiles, car seul du concret permettra de reconstruire la relation de confiance.

« Je souffre de tes moqueries par rapport à mon emploi, j’ai besoin de soutien pour me concentrer sur mon travail et que nous fassions ensemble des efforts pour réduire nos dépenses tant que ma situation professionnelle n’est pas meilleure. Je ne sais pas si j’ai le désir de continuer notre relation sans ton soutien et ton respect. »

Si notre conjoint ne s’implique pas à ce stade, il n’est qu’illusoire d’attendre une amélioration. Même s’il s’investit, il est très facile de retomber dans les (mauvaises) habitudes que nous avons prises en couple. Il peut être judicieux de confier nos intentions à une tierce personne — qui en deviendra le témoin — ; cela nous force aussi à les verbaliser.

S’écrire une lettre à soi-même peut se révéler un excellent point d’appui dans le futur, car nous serons alors peut-être la seule personne que nous voudrons « écouter ». Dans cette lettre, en plus des émotions et pensées que l’on a, et du changement que l’on souhaite, il est bon de fixer un délai ou une date à laquelle rouvrir la lettre ET de définir son plan d’action, si les choses ne changent pas.

5) tirer ses conclusions et passer à l’action

Même avec un partenaire physiquement violent, ces remises en cause peuvent être suivies d’une période dite « lune de miel », pendant laquelle le conjoint abusif fait des efforts. Ceux-ci propulsent le couple dans leur passé amoureux. La victime alors, qui veut tant y croire, oublie tout et s’investit dans ce présent merveilleux, qu’elle pense annonciateur de l’avenir heureux qu’elle désire. Cependant, si l’auteur de la violence ne s’est pas profondément remis en question, parfois avec l’aide indispensable d’un thérapeute, le cycle d’abus va reprendre petit à petit, jusqu’à l’incident suivant.

C’est pour cela qu’il est utile, au moindre malaise, d’ouvrir la lettre que l’on s’est écrite et de relire les sentiments qu’on a eus, les demandes que l’on a faites et les résolutions que l’on avait alors prises. Car sans cela, nous sommes champions pour réécrire notre histoire, et repasser par les phases 1, 2 et 3 indéfiniment.

Si rien n’a changé, il est alors temps de tirer les conclusions qui s’imposent. Aucun couple ne fonctionne par la volonté et les efforts d’un seul des conjoints.

Le bonheur de l’un ne se fait pas au détriment de l’autre. La violence est à terme toujours destructrice. Vouloir éviter le divorce et rester dans une relation abusive ou violente est un prix trop cher payé, même quand il y a des enfants. Car ceux-ci souffrent davantage du climat terrorisant d’une relation toxique que d’une séparation.

Il est plus facile de passer à l’action quand nous avons fait ce travail de réflexion, et que nous nous sommes préparé(e)s intérieurement à une séparation, avant que celle-ci soit effective. Appeler une ligne de soutien ou une association locale est une ressource utile. Il n’est jamais trop tôt pour être écouté(e) et conseillé(e). Les conjoints abusifs peuvent se montrer particulièrement agressifs quand ils comprennent que leur victime a repris le contrôle de sa vie et les quitte vraiment.

Se préparer, dans sa tête et de manière pratique, est la clé essentielle d’une séparation réussie et définitive.

Et la clé d’une vie dans la sécurité, le respect et la paix.

Cet article a été rédigé par Virginie Loÿ du blog Une chose par jour, Pour se libérer d’une relation abusive ou violente.

Répondre

Please enter your comment!
Please enter your name here